Prenez garde à votre prochaine pause thé : derrière la douce vapeur de votre tasse se cachent des intrus minuscules et indésirables. Les microplastiques libérés par les sachets de thé ne font plus seulement partie des histoires de pollution lointaine : selon une étude inédite, ils pénètrent dans nos cellules intestinales et peuvent même se frayer un chemin jusqu’à notre sang. Thé au plastique, quelqu’un ?

Des sachets de thé aux microplastiques : une contamination invisible mais massive

Des chercheurs du département de Génétique et Microbiologie de l’Université Autonome de Barcelone (UAB), épaulés par le Centre Helmholtz de Leipzig, ont analysé sous toutes les coutures (et mailles) plusieurs types de sachets de thé issus du commerce. Verdict sans appel : lors de la simple préparation d’une infusion avec ces sachets à base de polymères, d’énormes quantités de particules sont relâchées. On parle ici de microplastiques et de nanoplastiques (MNPL), de dimensions si réduites qu’ils échappent totalement à l’œil nu, mais pas à la vigilance scientifique.

Des millions de ces particules, dont certaines présentent même des structures nanofilamenteuses, se retrouvent ainsi dans chaque tasse, ajoutant à la boisson plus d’un souvenir chimique.

Quand les MNPL traversent nos cellules… et bien plus loin !

L’étude, pionnière, va plus loin : pour la toute première fois, il est démontré que ces microplastiques ne restent pas simplement bloqués dans notre appareil digestif. Une fois dans l’infusion puis dans notre organisme, ils sont capables d’être internalisés par les cellules intestinales humaines, en particulier celles produisant du mucus. Pire encore, ils parviennent à franchir cette barrière délicate pour passer dans le sang et ainsi se distribuer dans l’ensemble du corps.

Les chercheurs, en exposant différentes catégories de cellules intestinales humaines à des MNPL colorées, ont constaté que les cellules spécialisées dans la production de mucus étaient les plus friandes d’absorption. Fait tout aussi fascinant qu’inquiétant : certaines des particules ont été retrouvées jusque dans le noyau cellulaire, là où réside notre précieux matériel génétique. De quoi sérieusement s’interroger sur les effets potentiels à long terme d’une telle exposition chronique.

Une analyse digne d’un polar scientifique

Pour identifier et caractériser cette pollution, l’équipe a déployé un véritable arsenal de techniques de pointe :

  • Microscopie électronique à balayage (MEB) et à transmission (MET)
  • Spectroscopie infrarouge (ATR-FTIR)
  • Diffusion dynamique de la lumière (DLS)
  • Vélocimétrie laser Doppler (LDV)
  • Analyse de suivi des nanoparticules (NTA)

Grâce à cette panoplie d’investigation, les chercheurs ont pu non seulement repérer, mais aussi caractériser précisément la morphologie, la composition, et les dynamiques de ces particules. Alba García, chercheuse à l’UAB, souligne l’apport décisif de ces technologies pour faire avancer la compréhension de leurs impacts éventuels sur la santé humaine.

Un défi de santé publique en perspective

La pollution plastique n’est plus à présenter : elle revêt une dimension environnementale et sanitaire critique, avec des implications lourdes pour le bien-être actuel et surtout celui des générations futures. Les emballages alimentaires, dont les sachets de thé ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres, constituent une source majeure d’exposition aux micro- et nanoplastiques, par ingestion ou inhalation.

Face à ce défi, les scientifiques lancent un appel clair : il est urgent de mettre au point des méthodes d’essai standardisées afin d’évaluer la contamination, et d’enclencher des politiques réglementaires efficaces pour l’atténuer. Tant que l’utilisation du plastique dans les emballages alimentaires reste sur sa courbe ascendante, prendre le problème à bras-le-corps est « vital » pour la sécurité alimentaire et la santé publique.

En conclusion, si votre thé préféré ne se substituera pas demain à un élixir de jouvence, il apporte désormais une raison de plus de s’interroger sur la transparence des emballages. En attendant, une petite pensée pour la bonne vieille théière et ses feuilles en vrac, non ?

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