Face à la sécheresse historique qui assèche fleuves et rivières d’Europe, d’étranges témoins du passé ressurgissent : des pierres gravées, aussi émouvantes qu’inquiétantes, nous rappellent que les catastrophes d’hier pourraient bien redevenir celles de demain.

Quand l’Elbe raconte sa faim : les pierres qui pleurent

Sur les bords de l’Elbe, à Děčín en République tchèque, un message gravé dans la roche refait surface à l’occasion des sécheresses. « Si vous me voyez, alors pleurez ! », lit-on sur l’une de ces fameuses « pierres de la faim ». Ce poignant avertissement a été capturé cet été par Olaf Koens, correspondant en République tchèque pour RTL Nieuws. Pour qu’il apparaisse, il a fallu que le niveau du fleuve chute dangereusement bas… et manifestement, il n’est pas le premier dans ce cas.

Car cette pierre de la faim n’est pas unique. Véritables livres ouverts sur le passé, ces roches portent la mémoire de dizaines d’années de malheurs climatiques. Selon une étude menée par des chercheurs tchèques en 2013, on peut y lire dix dates allant de 1417 à 1893. Parmi elles : 1417, 1616, 1707, 1746, 1790, 1800, 1811, 1830, 1842, 1868, 1892 et 1893 – autant de sécheresses commémorées et gravées avec le soin d’un scribe inquiet pour les générations suivantes.

Marqueurs du désastre : à chaque apparence, une famine annoncée

Plus qu’une anecdote locale, ces « pierres de la faim » sont de véritables marqueurs du niveau hydraulique de l’Elbe. Quand elles sont à nu, c’est que le fleuve bat de l’aile… ou plutôt, de la pierre. Ces témoins silencieux retracent les époques où les récoltes s’effondraient et où la famine menaçait les populations vivant sur les rives de cette artère traversant également l’Allemagne, avant de se jeter dans la mer du Nord près de Hambourg.

La dernière apparition massive de ces pierres remonte à 2018, une année noire en matière de sécheresse. Selon Associated Press, une douzaine de ces roches étaient alors visibles dans leur intégralité. Parmi elles, justement, la fameuse pierre étudiée en 2013, qui depuis attire les curieux : le site touristique de Děčín confirme même qu’elle est devenue en quelques années une véritable attraction. Comme quoi, la mémoire de la soif peut aussi attirer l’attention… à défaut de la conjurer.

Une sécheresse à la dure : 47 % de l’Europe concernée

Mais la situation n’a rien d’un simple clin d’œil historique, hélas. Pour Andrea Toreti, chercheur principal au Centre commun de recherche de la Commission européenne, la sécheresse actuelle « pourrait être la pire depuis 500 ans ». Lors d’une conférence de presse en ligne le 9 août, il a expliqué n’avoir « pas complétement analysé l’évènement » de l’été 2022 – car il est toujours en cours –, mais précise : « D’après mon expérience, je pense que c’est peut-être encore plus extrême qu’en 2018 » (selon Euronews).

L’Observatoire européen de la sécheresse, quant à lui, fait un constat saisissant : ce sont 47 % de l’Europe qui se retrouvent dans des conditions de sécheresse, avec des sols dramatiquement en manque d’humidité. De quoi amplifier l’apparition de ces pierres, et multiplier les risques agricoles et alimentaires déjà illustrés par le passé.

  • Fleuves et rivières à sec
  • Humidité des sols en chute libre
  • Apparition d’anciens marqueurs de catastrophes

Quand le passé refait surface… parfois littéralement

Les pierres de la faim ne sont d’ailleurs pas les seuls vestiges à sortir du lit des fleuves. Ainsi, la baisse des eaux du fleuve italien du Pô, liée au réchauffement climatique, a permis de révéler :

  • Des trésors archéologiques oubliés
  • Des bombes de la Seconde guerre mondiale

Des trouvailles qui, si elles excitent la curiosité, rappellent aussi que chaque effacement du fleuve sur son propre territoire fait surgir à la fois notre mémoire et nos inquiétudes les plus profondes. Comme si la nature, par la voix de ces pierres et vestiges, nous disait… d’ouvrir enfin les yeux.

En guise de conclusion : Face à ces alertes gravées dans la roche et à la multiplication des phénomènes extrêmes, prenons au sérieux ces sirènes du passé. De la simple curiosité touristique à l’avertissement glaçant, il n’y a parfois qu’un pas, ou plutôt… qu’un gravier apparu. Reste à espérer que l’histoire ne se répètera pas avec autant de régularité que les dates inscrites sur ces pierres. À bon entendeur, secouez vos arrosoirs… pendant qu’il en est encore temps !

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