Imaginez une plante si précieuse qu’on l’aurait majorée sur la monnaie, utilisée dans les cuisines les plus raffinées de Rome, et conservée par Jules César lui-même comme un trésor… Le silphium, véritable star botanique de l’Antiquité, a bel et bien existé – avant de disparaître, aussi mystérieusement qu’un magicien qui fait pschitt. Mais alors, pourquoi cette plante qui rendait fou tout l’Empire romain n’a-t-elle pas survécu ? Laissez tomber la forêt amazonienne, ici c’est la Cyrénaïque antique qui fait le décor – suspense et révélations à la clé, sans feuille de laurier obligatoire.

Silphium : la superstar des plantes antiques

À l’époque, les Romains vouaient au silphium un culte quasi équivalent à la vénération contemporaine du chocolat (désolé pour les gourmands, l’agenda est romain aujourd’hui !). Loin d’être seulement décorative, la plante rayonnait par ses usages multiples : certains l’utilisaient en parfum, d’autres lui conféraient des vertus médicinales, et quelques discrets lui trouvaient même des propriétés aphrodisiaques. Bref, le silphium mettait tout le monde d’accord, jusqu’à être transformé en un fameux condiment très couru sur les tables : le laser.

C’est dire, Jules César lui-même aurait dissimulé plus d’une demi-tonne de silphium. Quand on voit la dévotion d’un empereur, on comprend la folie collective autour de cette plante. Et puis, patatras ! Moins d’un demi-siècle après cet engouement, le silphium tire sa révérence sans crier gare.

Des origines exclusives et une culture impossible

Mais pourquoi le silphium était-il si rare et insaisissable ? Les chercheurs pensent qu’il s’agissait d’une sorte de férule qui ne poussait que dans la province romaine de Cyrénaïque (actuelle Libye), à l’état sauvage uniquement. Imaginez une bande de 48 kilomètres sur 200, rien de plus !

Les Grecs, qui avaient colonisé l’Afrique du Nord autour de 630 avant J.-C., ont tout tenté pour cultiver la précieuse plante, sans succès aucun. Après des siècles d’efforts, ils sont restés bredouilles, frustrés de ne pas maîtriser les exigences microclimatiques – un peu comme essayer de faire pousser un cactus en Bretagne, le soleil de Méditerranée en moins.

  • Zone de croissance ultra limitée
  • Inculture chronique malgré des essais sur des siècles
  • Attachement économique et symbolique exceptionnel

Un effondrement climatique – pas une histoire de mouton gourmand

Quand une star disparaît, les rumeurs affluent : surpâturage, exploitation à la romaine… Les chercheurs Paul Pollaro et Paul Robertson, de l’université du New Hampshire, ont décidé d’enterrer la hache (ou la houe) avec une analyse approfondie. Selon eux, ce n’est ni la gourmandise des moutons, ni la frénésie des récoltes qui ont signé l’arrêt de mort du silphium.

En réalité, c’est l’appétit humain pour l’urbanisation et la déforestation qui a chamboulé la donne. En abattant les forêts du plateau pour construire des maisons, les Grecs, puis les Romains, ont modifié le cycle des précipitations. Résultat ? Le paysage, autrefois idéal pour le silphium, s’est retrouvé exposé à une érosion accrue et à des changements climatiques décisifs pour la plante.

Paul Pollaro souligne que peu importe la masse récoltée ou dévorée par la faune locale, le vrai coupable était ce climat en pleine mutation. Difficile de résister quand la météo ne joue plus en votre faveur !

Préservation, monnaie et leçon à tirer

La valeur folle du silphium n’a pas échappé aux gouverneurs de Cyrénaïque : toute la zone de pousse fut rapidement clôturée pour tenter de préserver la précieuse denrée. Malheureusement, conclut Paul Pollaro, leurs efforts étaient condamnés par l’évolution inéluctable du climat local, fruit des choix humains. Même les pièces de monnaie célébraient autrefois le silphium, face à face avec un empereur ou un dieu.

Ironiquement, c’est en grande partie cette valeur qui a précipité la fin de la plante : sans elle, l’économie de Cyrène n’aurait jamais atteint un tel rayonnement. Un joli paradoxe, non ?

Ainsi, l’histoire du silphium nous rappelle que le destin des plantes les plus recherchées est parfois scellé par ceux qui aiment le plus les cueillir. Un avertissement à méditer, à l’heure où nos consommations transforment encore notre belle planète.

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