Qui n’a jamais rêvé, enfant, de décrocher la médaille d’or de la vie d’adulte, de collectionner les “bravo” et les tapes dans le dos ? Derrière la quête éperdue de la “perfection” à l’âge adulte se cache bien souvent une racine insoupçonnée : un manque d’encouragement dans l’enfance. Un sujet aussi sensible qu’universel, où l’on découvre que la machine à encouragements de nos parents n’est jamais ni parfaite, ni sans conséquences…
Pourquoi les encouragements dans l’enfance sont-ils si cruciaux ?
“En tant qu’êtres humains, nous avons besoin d’encouragements et de considération pour avancer dans la vie.” Voilà qui résume bien le point de vue du Dr Yasmine Liénard, psychothérapeute cognitivo-comportementaliste. L’enfant regarde ses parents comme des fans inconditionnels et, ô surprise, lorsqu’ils s’intéressent sincèrement à ses réussites, cela l’aide à progresser. Normal : les encouragements stimulent et incitent à vouloir faire mieux, à gagner confiance, à se construire joyeusement (bon, ou tout au moins sans se noyer dans les doutes). Mais parfois, l’attention parentale se dissipe, et les conséquences à l’âge adulte peuvent coûter cher, jusqu’à entraîner de véritables traumatismes.
L’échelle de l’encouragement parental : ni trop, ni trop peu
Avant de commencer à dresser le grand procès des parents, rappel indispensable : ne pas féliciter son enfant en continu ne fait pas de vous un parent épouvantable (ou une sorcière de conte). « Personne n’est parfait », rappelle sobrement le Dr Liénard. Les parents ont leurs propres tracas, et les enfants… ne sont pas non plus constamment dans l’excellence, n’en déplaise aux bulletins scolaires ! La spécialiste évoque ainsi un continuum, une échelle graduée de 0 à 100%. À 100%, l’enfant survalorisé gonfle comme un ballon d’orgueil (avec risque de décollage), mais à 0%, place à la carence affective : désintérêt, indifférence, et malheureusement, terrain de jeu, parfois, pour la négligence et la dévalorisation. Et là, oui, ça commence à piquer sérieusement.
Les conséquences sournoises du manque d’encouragement
Ce manque peut venir de parents eux-mêmes privés de reconnaissance durant leur enfance, ou encore d’un parent en proie à des difficultés psychiques, telles que la dépression ou le stress intense. Parfois, ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais des ressources émotionnelles en berne. Pour l’enfant, ça donne quoi ?
- Un besoin désespéré de sortir du lot et d’être “spécial” à tout prix : premiers de la classe, perfectionnisme physique… La médiocrité ? Leur cauchemar ! Il leur faut l’approbation des adultes et, réalistement, du monde entier.
- Des symptômes dépressifs : l’enfant se pense inintéressant, décroche scolairement, manque d’attention et affiche parfois des signes proches du trouble de l’attention (TDAH… sans le diagnostic ni la prescription !).
Et lorsque l’enfant devient adulte, c’est rarement la fête non plus… Les séquelles persistent, d’autant si l’on ignore l’origine de sa propre souffrance. On retrouve :
- Le déni : on compense des émotions difficiles par une hyperactivité sociale ou professionnelle, comme si l’accumulation de réussites allait remplir le réservoir d’estime personnelle. Une fuite en avant, à toute vitesse, pour fuir ce vide.
- Des difficultés affectives, notamment dans la vie amoureuse : attachement anxieux, dépendance affective… Comme le rappelle le Dr Liénard, “dans la vie amoureuse, on rejoue la relation que l’on a eue avec les parents”. Ah, ces histoires qui se répètent…
- Dans les situations les plus extrêmes, place aux addictions (parfois sexuelles), aux idées suicidaires, aux troubles psychiatriques ou encore aux douleurs chroniques. La douleur psychique n’ayant pas trouvé son chemin d’expression, c’est parfois le corps qui prend le relais. Pas franchement le “body positive” qu’on espérait…
Vers un équilibre : la voie du parent, la voie de l’adulte
Ce tableau un brin dramatique ne doit pas conduire à la culpabilisation ! “Il n’y a jamais de parents parfaits”, tempère notre experte. Pour progresser, il suffit déjà de se situer sur cette fameuse échelle des encouragements, et de viser un savant équilibre. Les encouragements servent surtout à renforcer les bons comportements et participent à l’éducation de l’enfant. Et si les vieux schémas familiaux menacent de s’imposer ? Un brin d’introspection chez les parents, un travail sur leur héritage, leur éducation, pour éviter que l’enfant ne devienne un substitut d’attention ou de valorisation.
Côté adultes abîmés par le passé, rien n’est figé : la régulation des émotions ou le travail sur l’estime de soi peuvent réellement aider. Cela peut s’appuyer sur la méditation, les approches corporelles, ou encore sur les thérapies cognitives et comportementales, selon le Dr Liénard.
Parents ou adultes en quête de réparation : l’équilibre et la bienveillance, même imparfaite, restent nos meilleurs alliés pour apprivoiser ce rêve impossible du “parfait” adulte !













