Trois mots suffisent : découvrez si vous êtes considéré comme un “boomer”

L’incroyable voyage des mots à travers les générations

À chaque âge son langage, et quelle plus belle musique que celle des mots d’un autre temps qui s’invitent à notre table ? La langue française est semblable à un ancien tambour de machine à laver : jamais totalement neuve, toujours tournée, rinçant ici un vieux mot, essorant là une nouvelle expression, sans jamais rien effacer pour de bon. Lors d’un dîner réunissant jeunes et (un peu moins jeunes), il suffit de tendre l’oreille pour que certains mots surgissent comme des papillons sortant d’un album de souvenirs.

Les boomers, ces enfants gâtés de l’histoire nés entre 1946 et 1964, n’ont pas fini de faire parler d’eux… et surtout leur vocabulaire ! Pourtant, ce florilège de termes datant à la fois des sixties, des années disco ou du temps du patin à roulettes (pour mieux aller à des booms, enchaîner les slows, la tête posée sur un walkman), ne disparaît jamais vraiment. Certes, il est régulièrement moqué par les jeunes, comme l’atteste l’imparable « Ok boomer » devenu viral, mais il représente aussi les ultimes vestiges d’une époque révolue.

Petit lexique express pour boomer en société

  • « Nénette » : Si, lors d’une conversation, vous lancez un malicieux « Alors les nénettes, ça va ? », pas de doute, vous surfez sur un mot d’un autre siècle. « Nénette » signifie « jeune fille » ou « femme » selon le dictionnaire, mais peut aussi désigner une femme avec laquelle on a une relation amoureuse. D’apparence vieillot, ce terme, apparu en 1917, voulait exprimer une intention affectueuse. Si ses origines restent floues – surnom dérivé de « Nana », de « nénet » (le sein), diminutif populaire d’Antoinette ou Jeannette, ou même issu de « ponnette » (qui désignait une jeune fille ou une prostituée) – il prouve que, dans la langue aussi, il y a du mystère !
  • « Ça gaze ? » : Pour les non-initiés, c’est l’équivalent de « Ça va ? ». À l’affirmative, on répondra parfois, « Nickel chrome ! » L’expression « ça gaze » date de 1916 et signifie simplement « ça va bien ». Le verbe « gazer », lui, faisait référence à la rapidité d’une machine à moteur à explosion dès 1915 avant de prendre, par analogie, le sens plus général « d’aller bien ».
  • « Nickel chrome » : Voici une réponse appréciée des soixantenaires. Le « nickel » désigne d’abord un métal d’un blanc argenté, synonyme de propreté parfaite pour Le Robert. Avec son compère « chrome » – lui aussi un métal, dur, gris et brillant, utilisé jadis pour parler des chromes à astiquer sur sa voiture – ces deux-là font bon ménage dans la langue et signent la validation suprême : tout est « parfait » (désolé, pas de version féminine pour l’adjectif, il reste invariable, comme souvent les classiques !).
  • « Salut les djeuns ! » : Ici, pas de doute, l’utilisateur ne fait plus vraiment partie de la jeune génération. Les boomers manient ce mot d’argot souvent pour se moquer gentiment d’eux-mêmes ou de l’emprunt aux anglicismes. Le fameux « djeun » ou « djeune » aurait emprunté son « d » pour une note anglaise, histoire de faire « cool » (même si personne n’est dupe). Au fond, l’invention parentale : rigoler des jeunes et de leur manie d’engloutir des mots venus d’ailleurs.

Petit guide de survie (ou d’auto-dérision) boomer

Si vous multipliez les doses de vaccin, superposez les masques et sortez ganté – tout en avouant, du bout du verre (de trop), avoir fumé pendant quarante ans et affichant un petit embonpoint –, vous cochez pas mal de cases du kit boomer ! Mais ce qui lie encore plus fort la génération, c’est sans doute cette légère peur de mourir… Heureusement, le sens de l’autodérision est bien présent, et l’auto-caricature adoucit aujourd’hui le trait d’ironie lancé par les plus jeunes.

La langue : carrefour de générations et d’expressions

Les expressions issues de l’argot, de langues africaines ou d’autres milieux sociaux vivent aujourd’hui une visibilité inédite grâce à leur circulation virale. Tandis que les codes des jeunes percent dans les réseaux, les mots « boomer » résistent vaillamment. Si la modernité est une vague qui engloutit vite, la langue française conserve son patrimoine à chaque entretien entre générations. Finalement, prendre plaisir à entendre les termes d’hier, c’est aussi célébrer leur transmission et ce qui nous relie. Conseil pour finir : à la prochaine réunion familiale, si un « Nickel chrome, les nénettes ! » fuse entre le gratin dauphinois et la playlist vintage, savourez, cela veut dire que ça gaze… et tout va bien !

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