Bigophone, soulier, pantoufle : ces mots d’enfance que l’on n’entend plus jamais

Il suffit parfois d’un simple mot pour que tout bascule : le temps suspend sa course folle, la nostalgie s’invite, et nous voilà propulsés vingt ans en arrière, à l’époque où les « chaussons » se nommaient fièrement pantoufles, où l’on vivait au rythme des omnibus, et où les tricots faisaient sensation dans les cours de récré. C’est fou comme notre langue évolue ; les usages changent, les objets s’envolent, et les mots s’effacent… ou laissent la place à leurs héritiers plus modernes. Avenue des souvenirs garantie sans péage, embarquement immédiat !

Des vêtements à l’ancienne et des chaussures inoubliables

Souvenez-vous : cette veste en laine tricotée, dont on vous obligeait à vous couvrir, même quand le thermomètre flirtait avec la canicule ? C’était le fameux cardigan. Ce mot charmant, d’ailleurs, provient de l’anglais, emprunté à l’héroïque Comte de Cardigan dont les exploits pendant la guerre de Crimée sont restés célèbres (comme quoi, un bon gilet tient aussi chaud qu’une victoire). Attesté chez nous depuis le XIXe siècle, il s’est retrouvé supplanté par le très générique « pull », bien plus passe-partout mais nettement moins douillet à l’oreille.

Autre pépite disparue : qui n’a jamais entendu le légendaire « Mets tes souliers, ma chérie ! » lancé par une mère ou une grand-mère ? Aucun synonyme moderne – chaussures, godasses, ou encore pompes – n’arrive à la cheville de ce mot valise du passé. Le soulier, apparu dès le XIIe siècle, désigne alors une chaussure couvrant tout ou partie du pied. Issu de l’ancien français sol(l)er, lui-même du latin moins glamour « subtel », qui signifie « creux sous la plante du pied », il traverse les âges en restant intemporel.

Pantoufle : de Cendrillon au confort bourgeois

Ah, la pantoufle ! Aujourd’hui, impossible de ne pas penser à l’héroïne Cendrillon et sa fameuse chaussure de verre (ou de vair, selon la version). Pourtant, ce mot recèle bien plus de secrets que la garde-robe d’une princesse de conte. Autrefois, il désignait tour à tour des chaussures d’intérieur en tissu ou cuir souple à semelle épaisse, de véritables chaussures élégantes, puis simplement des chaussons. Difficile de faire plus polyvalent !

  • On parlait de « pantoufles » pour la maison ;
  • La locution « en pantoufle » est un clin d’œil à la vie de famille, à l’intimité ;
  • Au XIXe siècle, elles symbolisaient le confort bourgeois… et un mode de vie dont le principal risque restait une miette de brioche sur le tapis.

L’étymologie, elle, reste un joli mystère : on l’a rapprochée de pantin, du dialecte pantet (un « pan de chemise »), et il se pourrait qu’elle ait aussi désigné la chaussure du paysan.

Bigophone et droguerie : petits mots d’antan devenus exotiques

N’oublions pas le bigophone ! Derrière son allure farfelue, ce terme désignait un instrument de musique burlesque, mais aussi – surprise – le téléphone dans l’argot militaire, voire la ligne téléphonique elle-même. Inventé par un certain Bigot (on retrouve l’humour dans l’étymologie !), il se conjuguait gaiement : « j’ai bigophoné à mon frère ce matin ». Aujourd’hui, qui aurait l’idée de dire cela ? Dommage, c’était tout de même moins agressif que de « texter »…

Et avant que la série « Breaking Bad » n’instille le doute dans les esprits, la droguerie, c’était l’endroit où l’on trouvait – légalement ! – tout ce qu’il fallait pour la maison, l’hygiène, l’entretien, l’herboristerie. À l’époque, « drogues » pouvait désigner les médicaments, les remèdes ou ingrédients aromatiques et pharmaceutiques. Preuve que le sens d’un mot fait tout, et qu’il voyage… comme nous, au fil des souvenirs.

Quand la langue évolue, le patrimoine survit en mémoire

La langue est un organisme vivant : les mots naissent, grandissent puis s’effacent quand la réalité qu’ils désignent disparaît, souvent remplacés par des expressions issues de nouveaux usages, de la mondialisation ou, plus récemment, d’inspirations virales et de langues venues d’ailleurs. Mais quel plaisir de retrouver un florilège de ces mots d’enfance ! Ils roulent sous la langue et réchauffent le cœur comme une tartine de grand-mère sur des souliers bien cirés.

Conseil pratique : lors de votre prochain repas en famille, osez glisser dans la conversation un pantouflard « soulier » ou un inimitable « bigophone ». Qui sait, la magie de l’enfance opérera-t-elle à nouveau autour de la table ?

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