« Tes 20 ans, mes 40, si tu crois que cela me tourmente… » chantait Gainsbourg. Pourtant, qu’on le veuille ou non, la question de l’écart d’âge dans le couple continue de faire jaser ! Pourquoi ? Parce que, malgré toutes nos belles idées sur l’amour, la société n’a pas vraiment digéré les duos qui défient la montre. Décryptage d’un phénomène étonnamment rare, mais sacrément observé.

Les chiffres : une minorité qui intrigue

Impossible de s’y tromper : les couples avec une grosse différence d’âge ne sont pas monnaie courante. Selon les dernières données de l’Insee (un peu datées, certes, mais faute de mieux…), seulement 8 % des couples vivant ensemble en France présentaient plus de dix ans d’écart en 2012. Et, petite précision qui a toute son importance : parmi ces 8 %, la grande majorité sont constitués d’hommes plus âgés que leur compagne.

Alors pourquoi ce chiffre si faible attise-t-il autant les langues ? Comme le souligne Milan Bouchet-Valat, sociologue et chercheur à l’Ined, « ça sort de l’ordinaire donc ça étonne ». Lorsqu’on s’écarte de la norme, bim ! La loupe sociale se braque, les regards s’attardent et les jugements ou étiquettes fusent : complexe d’Œdipe, peur de vieillir, ou encore de « femme trophée ».

Derrière les profils : ce que révèlent les données Meetic

La réalité des intentions se confirme jusque dans le monde digital. La sociologue Marie Bergström est allée fouiller du côté de Meetic, analysant pas moins de 400 000 profils. Bilan ? Les jeunes femmes ont clairement tendance à engager la conversation avec des hommes plus âgés. Mais ce réflexe s’estompe en vieillissant : entre 35 et 40 ans, la proportion décline. À l’inverse, ce sont les hommes de plus de 40 ans qui cherchent bien souvent à contacter des femmes plus jeunes.

Ce jeu des préférences n’est pas laissé au hasard : il s’accorde avec cette norme et ce regard collectif porté sur l’âge et la séduction. Voilà qui n’échappe pas à certains, qui y verront opportunité, fantasme, ou tout simplement… Moyen de se rassurer.

Peur de vieillir ou “crise de la quarantaine” ?

À la question des raisons, Vèronique Kohn, psychologue, avance la fameuse crise de la quarantaine. Selon elle, s’afficher avec un·e plus jeune n’est pas anodin : « C’est aussi mon image dans la société : si je m’affiche avec quelqu’un de plus jeune, c’est que je suis encore désirable et sexy. Je me rassure comme ça. » La peur de voir le temps filer serait donc un moteur tout à fait banal dans ces choix amoureux, bien loin parfois d’une simple question d’attirance spontanée.

L’amour, ce drôle de mélange social…

L’équation serait simple si elle ne cachait pas de multiples variables sociales. Car derrière l’amour et le désir, il y a des dynamiques collectives difficiles à ignorer. L’anthropologue Mélanie Gourarier invite à la prudence : difficile de juger du bonheur ou du malheur d’un couple de l’extérieur. Mais en sociologie, le couple n’est jamais juste un duo guidé par le coeur : il implique des choix, voire des stratégies sociales dont on n’a pas toujours conscience soi-même. Autrement dit, si l’amour n’a pas d’âge, il n’est pas non plus tout à fait innocent ou « pur » du poids des attentes et constructions de la société.

  • Le regard collectif pèse sur les couples atypiques.
  • Des motivations personnelles et sociales se mêlent.
  • Même à l’ère numérique, les schémas anciens persistent.

Alors, la prochaine fois que vous surprenez un couple où l’écart d’âge saute aux yeux, gardez à l’esprit : il n’y a pas que l’amour, il y a tout un monde en arrière-plan. Peut-être est-ce aussi une belle occasion de casser quelques idées reçues… après tout, dans chaque histoire, il n’y a que les principaux concernés pour savoir ce qu’il y a vraiment derrière les chiffres !

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